Le Progrès consacre un article au développement du phénomène des « kidultes », ces adultes qui redonnent un fort dynamisme au marché du jouet. Interrogé en tant que spécialiste des pratiques culturelles, Samuel Coavoux, sociologue au CREST, y éclaire les ressorts structurels de cette évolution. Il rappelle que l’essor du public adulte relève d’abord d’une transformation du marché : dans un contexte de baisse de natalité et de saturation du segment enfant, les industriels du jouet ont investi de nouveaux publics, notamment à travers des stratégies de licences, de collection et de produits destinés aux nostalgiques.
Samuel Coavoux souligne également que cette tendance n’est pas uniquement liée à une quête d’évasion, mais à une légitimation croissante des pratiques ludiques à l’âge adulte. Les réseaux sociaux, en facilitant la constitution de communautés de passionnés, ont contribué à rendre ces loisirs visibles et socialement acceptés. Le phénomène kidulte apparaît ainsi comme un exemple révélateur de la manière dont évoluent les frontières entre loisirs « jeunes » et pratiques culturelles adultes.
« Augmenter la TVA pour mieux baisser les charges patronales », une stratégie macroéconomique pour redresser les finances publiques
Dans une tribune publiée dans Les Échos, Jean-Baptiste Michau, chercheur au CREST, analyse l’intérêt macroéconomique d’une hausse de la TVA afin de financer une baisse des charges patronales. Il explique que ce mécanisme pourrait renforcer la compétitivité, soutenir l’emploi et contribuer au redressement des finances publiques, tout en s’inscrivant dans une stratégie de long terme pour améliorer la structure de notre système fiscal.
Nouvelle publication — Baromètre 2025 des prélèvements fiscaux et sociaux
Le CREST est heureux d’avoir participé à la troisième édition du « Baromètre des prélèvements fiscaux et sociaux en France », réalisée pour le CPO par Harris Interactive.
Ce sondage — mené auprès de 3 055 personnes représentatives de la population adulte — permet de suivre l’évolution des perceptions des Français à l’égard des impôts et cotisations sociales, en comparaison des éditions 2021 et 2023.
Les principaux enseignements sont marqués par une forte stabilité : 78 % des sondés jugent le niveau global des prélèvements trop élevé, et 61 % estiment que leurs propres impôts sont excessifs.
Parallèlement, le baromètre révèle des évolutions importantes dans les déterminants de l’acceptation de l’impôt : la confiance dans les institutions publiques pèse désormais davantage sur ce consentement, tandis que la connaissance du système socio-fiscal n’est plus un facteur explicatif.
Le CREST se réjouit de contribuer à ce travail indispensable de mesure de l’opinion et d’éclairage du débat public sur la fiscalité et la redistribution.
Quels effets d’une revalorisation du tarif des consultations médicales sur l’offre de soins ?
Présentation
Le prix d’une consultation chez un médecin généraliste conventionné en secteur 1 a été augmenté de 23 à 25 euros au 1 er mai 2017. Cette hausse de prix a été décidée par l’Assurance Maladie en accord avec les représentants des médecins, à l’issue de la Convention médicale d’août 2016, afin d’aligner progressivement les honoraires médicaux sur ceux des pays comparables de l’OCDE. Cette « expérience naturelle » permet d’évaluer l’impact causal d’une augmentation des tarifs médicaux sur un ensemble d’indicateurs relatifs à l’offre de soins. Les résultats suggèrent que la hausse des tarifs n’a que peu affecté la fréquence à laquelle les patients se rendent chez leur généraliste, mais qu’elle a conduit les praticiens concernés à voir davantage de patients chaque mois, en augmentant tant le nombre de patients vus chaque jour que le nombre de jours travaillés par mois. L’impact de cette mesure est particulièrement prononcé pour les médecins de moins de 40 ans. On observe par ailleurs une baisse des prescriptions de médicaments par patient, en moyenne, après la revalorisation tarifaire. Si la mesure a certes coûté davantage à l’Assurance Maladie, ce surcroît de dépenses résulte de la seule augmentation du nombre de patients : de légères économies ont été réalisées au niveau de chaque patient.
Résultats clés
- Au 1er mai 2017, la consultation chez les médecins généralistes libéraux conventionnés en secteur 1 passe de 23 à 25 euros.
- Suite à cette revalorisation tarifaire de 8,7 %, les praticiens concernés voient leur activité mensuelle, mesurée en nombre de consultations, augmenter en moyenne de 7 à 10 %, soit une élasticité de l’offre de soins à sa rémunération d’environ 1.
- Cette hausse provient presque exclusivement d’une augmentation du nombre de patients (+11 % en moyenne), et non d’un changement dans la fréquence des consultations.
- La hausse du nombre de patients résulte autant d’une augmentation du nombre de patients vus quotidiennement (de l’ordre de +5 %, en moyenne) que d’un accroissement de l’offre de travail des médecins (+4 %, en moyenne).
- Les prescriptions de médicaments rapportées au nombre de patients ont diminué de 4,5 % en moyenne.
- Le coût mécanique de la mesure pour l’Assurance Maladie s’est élevé à 500 millions d’euros de frais d’honoraires et 400 millions d’euros de remboursements de médicaments supplémentaires. La réaction comportementale des médecins, en termes de hausse d’activité, aurait dû conduire à un doublement de ces dépenses d’honoraires, mais elle a été compensée par la tendance à la baisse de l’offre de soins sur la période
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Auteurs
- Philippe Choné est professeur à l’ENSAE Paris et chercheur au CREST.
- Lionel Wilner est chercheur au CREST
OrienteXpress : l’IA au service de l’orientation et de l’égalité des chances
À l’occasion du Salon Educ@tech qui s’est tenu à Paris du 19 au 21 novembre 2025, l’École polytechnique et Docaposte – via sa filiale Index Education, éditrice de PRONOTE – ont officiellement annoncé le lancement de « OrienteXpress », un projet de recherche visant à améliorer l’orientation des jeunes vers les filières scientifiques. Porté par le professeur Guillaume Hollard, ce projet est soutenu par les donateurs dans le cadre de la campagne « Servir la science ».
Comment mesure-t-on l’efficacité des aides publiques aux entreprises ?
Louis De Lachapelle, doctorant au CREST, pour Les Chantiers de la recherche sur France Culture (17/11/2025)
Marion Goussé : comprendre et mesurer la discrimination à l’embauche liée au handicap
Chercheuse au CREST et professeure à l’ENSAI, Marion Goussé consacre ses travaux aux inégalités sur le marché du travail, en particulier aux discriminations à l’embauche.
Avec Naomie Mahmoudi, elle a récemment mené pour APF France handicap une étude inédite sur les effets du handicap dans le processus de recrutement.
Basée sur une opération de testing à grande échelle, cette recherche met en évidence l’ampleur persistante des biais de sélection auxquels font face les candidats handicapés.
Les résultats, présentés dans plusieurs médias nationaux ont contribué à nourrir le débat public sur l’inclusion et l’égalité des chances.
Une étude rigoureuse, des constats sans appel
Pour évaluer la réalité de ces discriminations, les chercheuses ont envoyé 2000 candidatures fictives en réponse à des offres d’emploi réelles, ne différant que par la mention d’un handicap moteur ou auditif. Le handicap est parfois révélé dans une lettre de motivation et parfois révélé dans un CV Vidéo.
Résultat : à compétences égales, les personnes handicapées sont rappelées significativement moins souvent que les autres. Le handicap moteur diminue de 23% le taux de rappel, tandis que le cumul d’un handicap moteur et d’une déficience auditive le diminue de 36%.
L’analyse des réponses aux candidatures avec CV Vidéo est édifiante. Sur la vidéo, le handicap de la candidate est apparent. Impossible de passer à côté. Les chercheuses constatent que lorsque les vidéos sont vues, le taux de rappel est trois fois plus faible si la candidate est en fauteuil roulant (25% de taux de rappel) que si elle ne l’est pas (75% de taux de rappel).
L’écart se creuse particulièrement pour les métiers en contact avec le public, comme celui de secrétaire réceptionniste, alors qu’il reste plus faible pour les postes administratifs.
La mention d’une RQTH n’annule pas ces écarts, montrant que la discrimination ne tient pas à la forme de la candidature mais bien à la perception du handicap.
« La discrimination à l’embauche reste forte, même quand le handicap n’a aucun lien avec les compétences professionnelles », Marion Goussé sur France Inter.
Des leviers d’action à renforcer
Les résultats invitent à agir sur plusieurs fronts :
• Mieux former les recruteurs à la diversité et aux stéréotypes ;
• Rendre les environnements de travail plus accessibles, ce qui semble réduire les biais ;
• Encourager la transparence et le suivi statistique des pratiques de recrutement.
Ces conclusions alimentent une réflexion plus large sur la manière de garantir une égalité réelle d’accès à l’emploi.
Elles rappellent qu’au-delà des politiques publiques, l’inclusion repose aussi sur des pratiques concrètes dans les entreprises et sur une évolution des mentalités.
Pour aller plus loin
Rapport complet | La discrimination à l’embauche liée aux handicaps moteur et/ou auditif (APF France handicap, 2025)
Dossier synthétique | Emploi & handicap : une réalité enfin objectivée
Couverture médiatique :
Le Figaro | France Info | France Bleu | Le Journal de France Inter 7h30 – 10/11/2025 | Le Monde | France 3 TV | Actu Paris | Faire Face
Un consortium multidisciplinaire lancé par la Banque de France avec la participation du CREST
Le 10 novembre 2025, Les Échos publie un article annonçant la création d’un consortium de recherche multidisciplinaire piloté par la Banque de France, réunissant le CREST, le CIRED et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. L’objectif : développer, à moyen terme, de nouveaux outils de modélisation capables d’intégrer dans les modèles macroéconomiques l’impact de la déforestation, de l’érosion des sols, ou encore de la perte de biodiversité.
Au sein du CREST, Olivier-David Zerbib et Peter Tankov représenteront le laboratoire dans ces travaux, qui visent à mieux anticiper les implications économiques et financières du changement climatique ainsi que les conséquences plausibles de la dégradation de la nature.
Participation de Pauline Rossi à l’émission “Les informés de l’éco” sur le budget 2026 et le système de protection sociale
Pauline Rossi, économiste, chercheuse au CREST et professeure associée à l’École polytechnique, intervient dans le podcast “Les informés de l’éco” pour éclairer les enjeux économiques et démographiques liés au projet de budget 2026 et à la soutenabilité du système de protection sociale en France.
Elle analyse notamment :
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L’impact du vieillissement de la population et de la démographie sur les finances de la protection sociale.
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Les défis que pose l’équilibre entre recettes et dépenses dans un contexte de modération de la croissance et de pressions inflationnistes.
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L’importance d’une approche rigoureuse des données et de la modélisation pour comprendre les trajectoires à long terme, plutôt que de se focaliser sur des réflexes conjoncturels.
Par son intervention, Pauline Rossi apporte une perspective empirique et prospective sur les mécanismes de financement social et sur les effets à venir des choix budgétaires de l’État.
Participation d’Étienne Ollion à l’enquête « L’université française est-elle vraiment sous influence woke ? »
Dans le cadre d’un reportage de Complément d’enquête consacré aux débats autour du supposé « wokisme » à l’université, Étienne Ollion, sociologue et directeur de recherche au CREST-CNRS, intervient pour présenter les résultats d’une étude qu’il a dirigée sur l’évolution des thèmes de recherche en sciences sociales en France.
S’appuyant sur l’analyse d’un vaste corpus de publications depuis le début des années 2000, son travail montre que les approches liées au genre ou à la race progressent, mais de manière modérée : la part d’articles mobilisant ces notions reste limitée et varie fortement selon les disciplines. L’étude met également en évidence que des thématiques classiques comme la classe sociale demeurent centrales, et que l’écriture inclusive reste marginale dans les publications académiques.
Dans l’émission, Étienne Ollion rappelle ainsi que les données disponibles ne confirment pas l’idée d’une domination idéologique dans les sciences sociales françaises. Son intervention contribue à replacer le débat dans une perspective empirique et à nuancer les discours alarmistes en circulation.
Lien vers le replay de l’émission ici.