Parcoursup : appliquer les quotas au fil de la procédure pour mieux atteindre les objectifs de mixité


Dans une nouvelle Note de l’Institut des politiques publiques (IPP), Julien Combe (École polytechnique, CREST) et Denis Sokolov (Consultant et ancien post-doctorant Inria, CREST) montrent que la façon dont Parcoursup applique aujourd’hui les quotas de boursiers et de résidents produit des effets indésirables. Ils proposent une alternative qui, simulée sur les données 2024, permettrait d’admettre près de 10 000 boursiers supplémentaires sans modifier ni la loi, ni les taux fixés.

Des quotas intégrés avant même le début des admissions

En 2024, Parcoursup a orchestré l’affectation de près de 887 000 candidats sur plus de 520 000 places. Depuis la loi ORE de 2018, la plateforme est aussi un outil de politique publique : les recteurs fixent pour chaque formation un taux minimum de lycéens boursiers et, pour les licences non sélectives, un taux minimum de candidats du secteur géographique. La loi définit ces objectifs en fonction de la composition finale des admis.

En pratique, Parcoursup procède autrement. Avant le premier tour, le classement pédagogique de chaque formation est transformé en un « ordre d’appel », réorganisé pour que la proportion de boursiers et de résidents ne tombe jamais sous les taux requis, à aucun rang de la liste. Les propositions sont ensuite envoyées dans cet ordre, figé une fois pour toutes.

Deux limites du dispositif actuel

Les auteurs mettent en évidence deux problèmes qui découlent de ce choix.

Une priorité parfois injustifiée. Un candidat à la fois boursier et résident compte pour les deux quotas. La construction de l’ordre d’appel tend à le faire remonter en tête de liste, même lorsque le simple respect du classement initial aurait suffi à atteindre les deux objectifs. Des candidats mieux classés par la formation sont alors écartés sans que les quotas ne l’exigent. Selon les simulations, cette situation concerne près de 20 % des candidats et plus de la moitié des boursiers.

Des quotas qui ne sont pas atteints. Parce que l’ordre d’appel ne s’ajuste pas aux réponses des candidats, il suffit que des boursiers bien placés déclinent une proposition pour que la formation pourvoie ses places avec des non-boursiers, alors que d’autres boursiers, plus loin dans la liste, auraient accepté. En moyenne, les quotas de boursiers ne sont aujourd’hui atteints qu’à 68 %.

La proposition : des quotas appliqués de façon dynamique

Plutôt que de modifier les classements en amont, les auteurs proposent que les formations conservent leur classement et que les quotas interviennent à chaque tour, au moment de choisir à qui adresser les nouvelles propositions. Si les quotas sont déjà atteints parmi les candidats ayant accepté, la formation suit simplement son classement ; sinon, elle donne la priorité aux candidats qui permettent de les atteindre, en s’écartant le moins possible de ce classement. Les candidats qui cumulent les deux statuts ne sont avantagés que lorsque leur présence est réellement nécessaire.

L’apport méthodologique principal porte sur cette situation de quotas qui se chevauchent, que les dispositifs classiques de places réservées ne savent pas bien traiter. La construction formelle est développée dans un document de travail de Denis Sokolov, Stable Choice with Overlapping Targets: Theory and Evidence from French College Admissions.

Ce que montrent les simulations sur Parcoursup 2024

Les auteurs ont simulé la phase principale d’admission 2024 (plus de 21 000 formations), en reconstituant les préférences des candidats à l’aide d’une méthode économétrique récente. Avec le mécanisme proposé :

  • le taux moyen de réalisation des quotas de boursiers passerait de 68 % à 88 % (celui des quotas de résidents, déjà élevé, de 98,4 % à 99,9 %) ;
  • le nombre de boursiers admis augmenterait de près de 11 %, soit environ 9 800 étudiants supplémentaires ;
  • environ 22 000 boursiers obtiendraient une affectation qu’ils préfèrent, contre moins de 3 000 qui obtiendraient une affectation moins bonne ;
  • les entorses injustifiées au classement des formations deviendraient quasi inexistantes : de près de 175 000 candidats concernés à environ 1 000, et pratiquement plus aucun boursier.

Un levier peu coûteux pour les décideurs publics

Cette réforme ne touche ni aux taux fixés, ni aux objectifs de la loi : elle change uniquement leur mise en œuvre algorithmique. Les auteurs évoquent aussi une autre piste, faire compter les candidats cumulant les deux statuts au titre d’un seul quota, qui supprimerait complètement les entorses aux classements mais exigerait une modification législative. Ils soulignent enfin que leur constat resterait valable dans le cas d’une refonte plus profonde de Parcoursup, dès lors que les quotas continueraient d’être appliqués par un ordre d’appel figé.

Lire la note : Julien Combe et Denis Sokolov, « Quotas dans Parcoursup : les limites du dispositif actuel et des pistes pour l’améliorer », Notes IPP n° 130, octobre 2026. Télécharger la note