Dans une Note IPP publiée le 30 juin 2026 (n°127), Pierre Boyer, professeur à l’École polytechnique – CREST et directeur adjoint de l’Institut des politiques publiques (IPP), s’associe à Martial Foucault (Sciences Po Paris, IRSEM) et Jonathan Garson (École polytechnique – CREST) pour analyser les conditions dans lesquelles les citoyens français acceptent de financer la hausse programmée des dépenses militaires.
Alors que la France vise les objectifs fixés par le sommet de l’OTAN de juin 2025 (3,5 % du PIB consacrés aux dépenses militaires d’ici 2035), la question du financement de cet effort se pose avec une acuité particulière dans un contexte de finances publiques contraintes. Plutôt que d’interroger les Français sur leurs préférences en matière de défense sans contrainte budgétaire, les auteurs ont choisi d’exploiter les données du baromètre 2025 du Conseil des prélèvements obligatoires, qui pour la première fois comportait des questions spécifiques sur l’arbitrage entre dépenses de défense et fiscalité.
À partir d’une modélisation économétrique appliquée à un échantillon représentatif de plus de 1 300 répondants, l’étude met en évidence plusieurs résultats. Le soutien au maintien, voire au renforcement, des dépenses de défense dépend avant tout de deux dimensions : la perception du risque de conflit armé sur le territoire européen, et le rapport des citoyens à l’impôt. Les répondants qui considèrent l’impôt comme un acte civique et ceux qui perçoivent une menace géopolitique élevée se montrent nettement plus enclins à accepter l’effort budgétaire. À l’inverse, le sentiment d’injustice fiscale ou l’insatisfaction vis-à-vis de l’usage de l’argent public réduisent ce soutien. Les variables sociodémographiques classiques (âge, genre, revenu, orientation politique) n’apparaissent en revanche pas comme des déterminants robustes.
Sur les modalités de financement, l’étude révèle qu’une majorité de Français (62 %) privilégie une réduction des autres postes de dépense publique plutôt qu’une hausse de la fiscalité ou un recours accru à l’endettement, ce dernier étant largement rejeté. Parmi les personnes favorables à une hausse des prélèvements, ce sont les impôts sur le patrimoine et sur les sociétés qui recueillent le plus d’adhésion.
Les auteurs concluent que la perception de la menace crée les conditions du soutien à l’effort de défense, mais que ce sont les attitudes fiscales et la confiance dans l’action publique qui en déterminent les modalités de financement. Cette analyse s’inscrit dans la continuité des travaux menés par Pierre Boyer sur le consentement à l’impôt en France.
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