Pierre Boyer, chercheur à l’École polytechnique et au CREST, vient de publier avec Vincent Pons (Harvard Business School) la Note n° 92 du Conseil d’analyse économique (CAE), intitulée « Face à l’essoufflement démocratique, réformer les institutions ».
Un diagnostic préoccupant
La Note part d’un constat documenté : la démocratie française traverse une crise profonde, qui dépasse la simple défiance conjoncturelle. Participation électorale en recul, confiance dans les institutions à son plus bas historique — 76 % des Français jugent que la démocratie fonctionne mal selon le Baromètre de la confiance politique du Cevipof (vague 17, 2026) —, montée du vote populiste et polarisation affective croissante entre citoyens : les signaux d’alerte s’accumulent. Cette crise comporte aussi une dimension économique directe, la défiance institutionnelle pesant sur le consentement à l’impôt et sur les arbitrages budgétaires à venir.
Les auteurs soulignent toutefois un paradoxe : les citoyens ne se désintéressent pas de la chose publique. Les nouvelles générations votent moins, mais pétitionnent et manifestent davantage, témoignant d’une transformation des formes d’engagement plutôt que d’un retrait pur et simple.
Cinq recommandations compatibles avec la Ve République
En s’appuyant sur la littérature économique et des comparaisons internationales rigoureuses, Boyer et Pons formulent cinq recommandations concrètes, toutes applicables sans révision constitutionnelle :
- Inscription automatique sur les listes électorales, pour corriger une anomalie française qui laisse près de 22 % des citoyens non inscrits ou mal inscrits.
- Regroupement des élections locales (régionales, départementales, municipales) afin de réduire la fatigue électorale et d’augmenter la participation.
- Revalorisation des conditions d’exercice des mandats électifs, en évaluant la réforme du statut de l’élu local de décembre 2025, en l’étendant aux parlementaires et en indexant les indemnités sur l’évolution moyenne des rémunérations de la fonction publique.
- Réforme du mode de scrutin législatif selon un système mixte introduisant une composante proportionnelle à listes ouvertes dans des circonscriptions départementales, tout en préservant l’ancrage territorial des élus.
- Renforcement de la démocratie participative, en associant les élus aux conventions citoyennes et en garantissant un suivi effectif de leurs recommandations, via référendum ou vote au Parlement.
Une contribution de l’économie au débat démocratique
La Note illustre l’apport spécifique de l’approche économique à ces questions : en mobilisant des méthodes empiriques et causales, les auteurs évaluent l’impact réel de réformes similaires menées à l’étranger, allant au-delà des simples corrélations pour fonder leurs recommandations sur des données robustes.
La Note est disponible en accès libre sur le site du CAE.
La presse en parle :