Rapport IPP n°66 – Utiliser la microsimulation pour estimer les inégalités en temps réel ? Une illustration avec Taxipp – Sylvain Duchesne, Paul Dutronc-Postel, Bertrand Garbinti, Lola Josseran, Fabian Reutzel
Démographies internationales, un nouveau rapport de force ?
D’ici la fin du siècle, les dynamiques démographiques seront très variées d’une région du monde à l’autre. Le déclin de la population a déjà commencé dans 63 pays. A elle seule, la Chine pourrait perdre jusqu’à 800 millions d’habitants sur les 1,4 milliards actuels. A l’autre extrême, la croissance du continent africain est encore rapide. Sa population pourrait atteindre près de 4 milliards d’habitants contre 1,5 milliards aujourd’hui. Les pays restants, dont la France, atteindront bientôt leur pic démographique. Leur croissance actuelle est liée davantage à l’immigration qu’à la natalité.
Ces dynamiques vont remodeler l’équilibre mondial : l’Inde a déjà dépassé la Chine comme pays le plus peuplé du monde, et d’ici 2100, le Pakistan et le Nigeria devraient devenir 3e et 4e, dépassant les États-Unis. Comment cette nouvelle hiérarchie va-t-elle se traduire dans les rapports de force géopolitiques, militaires et économiques ? Avec quelles implications pour la question migratoire ? La démographie est-elle vraiment un facteur de puissance ?
Avec Pauline Rossi, pour les Rencontres Economiques 2026 à Aix-en-Provence, le 03/07/2026
« Bataille culturelle », l’omniprésence d’une expression minée
La métaphore envahit les discours médiatiques et politiques, nourrit pétitions ou travaux universitaires, comme elle justifie les investissements de grandes fortunes dans le secteur de la culture et des médias. Retour sur la trajectoire historique et les multiples sens d’une notion floue, voire piégeuse.
Avec Etienne Ollion, pour le journal La Croix, 24/06/2026
Marion Brouard, Young CREST Graduate, Honored with Two Prestigious Awards
Marion Brouard, who defended her PhD thesis at CREST in 2025 under the supervision of Pierre Boyer and Camille Landais, has just received two distinctions recognizing the quality of her work in public and labor economics.
The Institut Polytechnique de Paris Thesis Award
At the doctoral graduation ceremony on April 28, 2026, Marion Brouard received the Best PhD Thesis Award of the Economics Department at Institut Polytechnique de Paris, worth €3,000, for her thesis “Three Essays on Inequalities by Age, Migration, and Gender.”
The thesis explores, in three parts, mechanisms of inequality that are often difficult to observe directly:
- Financial support for young adults. Using anonymized banking data on 500,000 individuals (in collaboration with Crédit Mutuel), Marion Brouard shows that for every euro of public assistance paid to 18-25 year-olds, parents reduce their own support by only about 10 cents: public aid therefore complements family support rather than replacing it. She also shows that easing financial constraints encourages young people to continue their studies.
- Migrants’ job search. Drawing on Swedish administrative data, she shows that migrants do not search for jobs any less actively than natives, but rather lack information about the most effective search strategies.
- The gender pay gap after childbirth. A survey of 3,000 graduate mothers reveals that this gap stems from a mix of material constraints — childcare, work flexibility — and personal preferences shaped by social norms.
The Distinguished CESifo Affiliate Award
A few weeks earlier, Marion Brouard had already been recognized at the CESifo Area Conference on Public Economics 2026, held in Munich from April 15 to 17. She received the Distinguished CESifo Affiliate Award, which honors the best paper presented by a young researcher at the conference.
The award was given for her Job Market Paper, “Welfare Effects of Increasing Social Assistance to Young Adults: Theory and Evidence from France” — a paper that builds directly on the first part of her thesis on financial support for young adults.
A Young Researcher Already Making Her Mark
After a research stay at the University of California, Berkeley in spring 2024, Marion Brouard is now continuing her research as a postdoctoral researcher at the ifo Center for Public Economics and LMU Munich, while also collaborating with France’s Conseil d’Analyse Économique.
CREST congratulates Marion Brouard on these two distinctions, which confirm the impact of her work on inequality and redistribution policy.
Une nouvelle Note IPP de Pierre Boyer sur le consentement des Français au financement de l’effort de défense
Dans une Note IPP publiée le 30 juin 2026 (n°127), Pierre Boyer, professeur à l’École polytechnique – CREST et directeur adjoint de l’Institut des politiques publiques (IPP), s’associe à Martial Foucault (Sciences Po Paris, IRSEM) et Jonathan Garson (École polytechnique – CREST) pour analyser les conditions dans lesquelles les citoyens français acceptent de financer la hausse programmée des dépenses militaires.
Alors que la France vise les objectifs fixés par le sommet de l’OTAN de juin 2025 (3,5 % du PIB consacrés aux dépenses militaires d’ici 2035), la question du financement de cet effort se pose avec une acuité particulière dans un contexte de finances publiques contraintes. Plutôt que d’interroger les Français sur leurs préférences en matière de défense sans contrainte budgétaire, les auteurs ont choisi d’exploiter les données du baromètre 2025 du Conseil des prélèvements obligatoires, qui pour la première fois comportait des questions spécifiques sur l’arbitrage entre dépenses de défense et fiscalité.
À partir d’une modélisation économétrique appliquée à un échantillon représentatif de plus de 1 300 répondants, l’étude met en évidence plusieurs résultats. Le soutien au maintien, voire au renforcement, des dépenses de défense dépend avant tout de deux dimensions : la perception du risque de conflit armé sur le territoire européen, et le rapport des citoyens à l’impôt. Les répondants qui considèrent l’impôt comme un acte civique et ceux qui perçoivent une menace géopolitique élevée se montrent nettement plus enclins à accepter l’effort budgétaire. À l’inverse, le sentiment d’injustice fiscale ou l’insatisfaction vis-à-vis de l’usage de l’argent public réduisent ce soutien. Les variables sociodémographiques classiques (âge, genre, revenu, orientation politique) n’apparaissent en revanche pas comme des déterminants robustes.
Sur les modalités de financement, l’étude révèle qu’une majorité de Français (62 %) privilégie une réduction des autres postes de dépense publique plutôt qu’une hausse de la fiscalité ou un recours accru à l’endettement, ce dernier étant largement rejeté. Parmi les personnes favorables à une hausse des prélèvements, ce sont les impôts sur le patrimoine et sur les sociétés qui recueillent le plus d’adhésion.
Les auteurs concluent que la perception de la menace crée les conditions du soutien à l’effort de défense, mais que ce sont les attitudes fiscales et la confiance dans l’action publique qui en déterminent les modalités de financement. Cette analyse s’inscrit dans la continuité des travaux menés par Pierre Boyer sur le consentement à l’impôt en France.
📄 Lire la Note IPP n°127 (PDF)
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«La France n’est pas prête au climat d’aujourd’hui et encore moins à celui de demain» : l’alerte de 26 scientifiques
FIGAROVOX/TRIBUNE – En marge d’une rencontre avec Giorgia Meloni, Emmanuel Macron a affirmé qu’on ne pouvait pas s’adapter «à un pic [de chaleur] qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui». Vingt-six scientifiques lui répondent. Non seulement ces records étaient prévisibles, mais ils seront battus dans les années à venir, expliquent-ils.
Avec Samuel Rufat, pour Le Figaro, le 29/06/2026
Pierre Boyer co-signe une Note du Conseil d’analyse économique sur la réforme des institutions démocratiques
Pierre Boyer, chercheur à l’École polytechnique et au CREST, vient de publier avec Vincent Pons (Harvard Business School) la Note n° 92 du Conseil d’analyse économique (CAE), intitulée « Face à l’essoufflement démocratique, réformer les institutions ».
Un diagnostic préoccupant
La Note part d’un constat documenté : la démocratie française traverse une crise profonde, qui dépasse la simple défiance conjoncturelle. Participation électorale en recul, confiance dans les institutions à son plus bas historique — 76 % des Français jugent que la démocratie fonctionne mal selon le Baromètre de la confiance politique du Cevipof (vague 17, 2026) —, montée du vote populiste et polarisation affective croissante entre citoyens : les signaux d’alerte s’accumulent. Cette crise comporte aussi une dimension économique directe, la défiance institutionnelle pesant sur le consentement à l’impôt et sur les arbitrages budgétaires à venir.
Les auteurs soulignent toutefois un paradoxe : les citoyens ne se désintéressent pas de la chose publique. Les nouvelles générations votent moins, mais pétitionnent et manifestent davantage, témoignant d’une transformation des formes d’engagement plutôt que d’un retrait pur et simple.
Cinq recommandations compatibles avec la Ve République
En s’appuyant sur la littérature économique et des comparaisons internationales rigoureuses, Boyer et Pons formulent cinq recommandations concrètes, toutes applicables sans révision constitutionnelle :
- Inscription automatique sur les listes électorales, pour corriger une anomalie française qui laisse près de 22 % des citoyens non inscrits ou mal inscrits.
- Regroupement des élections locales (régionales, départementales, municipales) afin de réduire la fatigue électorale et d’augmenter la participation.
- Revalorisation des conditions d’exercice des mandats électifs, en évaluant la réforme du statut de l’élu local de décembre 2025, en l’étendant aux parlementaires et en indexant les indemnités sur l’évolution moyenne des rémunérations de la fonction publique.
- Réforme du mode de scrutin législatif selon un système mixte introduisant une composante proportionnelle à listes ouvertes dans des circonscriptions départementales, tout en préservant l’ancrage territorial des élus.
- Renforcement de la démocratie participative, en associant les élus aux conventions citoyennes et en garantissant un suivi effectif de leurs recommandations, via référendum ou vote au Parlement.
Une contribution de l’économie au débat démocratique
La Note illustre l’apport spécifique de l’approche économique à ces questions : en mobilisant des méthodes empiriques et causales, les auteurs évaluent l’impact réel de réformes similaires menées à l’étranger, allant au-delà des simples corrélations pour fonder leurs recommandations sur des données robustes.
La Note est disponible en accès libre sur le site du CAE.
La presse en parle :
- Et si on augmentait les parlementaires ? La piste disruptive de deux économistes, La Croix
- Face à l’essoufflement démocratique, 5 propositions de réformes institutionnelles, Cdurable.info
Le vieillissement nous fait-il prendre des décisions défavorables aux jeunes ?
On entend souvent dire que les électeurs âgés seraient plus enclins à sacrifier le long terme si cela leur permet d’améliorer leur niveau de vie à court terme. Est-ce vrai ? Pauline Rossi analyse le sujet dans la chronique du « Cercle des économistes ».
Les Echos, 16/05/2026
Best Paper Award at WebSci’26 for Yasmine Houri
Yasmine Houri, PhD candidate in the Sociology cluster at CREST, has received the Best Paper Award at the 18th ACM Web Science Conference (WebSci’26), held in Braunschweig, Germany, from May 26 to 29, 2026.
The award recognises the paper co-authored with Upasana Dutta (University of Pennsylvania): “Framing the Fringe: Dynamics of Ingroup and Outgroup Narratives in Fringe Telegram Channels”.
About the paper
The research examines the narrative dynamics at work in so-called “fringe” Telegram channels — spaces at the margins of mainstream platforms where radical, conspiracist, or extremist discourse circulates. Drawing on large-scale computational analysis, the authors investigate how these communities construct and mobilise group narratives, distinguishing between representations of the ingroup and the outgroup, in order to reinforce internal cohesion and delegitimise outside figures.
This work sits at the intersection of media sociology, web science, and natural language processing — a rapidly growing field seeking to better understand online radicalisation mechanisms and the ways in which alternative platforms shape collective identities.
About WebSci
The ACM Web Science Conference is one of the leading academic venues for the study of interactions between the web and society, covering online behaviour, misinformation dynamics, recommendation algorithms, and the societal impact of social media. The Best Paper Award is selected by a peer review committee from among all submitted contributions.
CREST warmly congratulates Yasmine Houri on this distinction, which reflects the quality and relevance of her doctoral research.