Le Conseil d’analyse économique (CAE) a publié le 8 octobre 2026 une Note collective, « Une stratégie économique de ruptures pour la France ». Pauline Rossi et Emmanuelle Taugourdeau, chercheuses au CREST et membres du CAE, en sont signataires et ont co-écrit deux des Focus qui l’accompagnent, consacrés à la productivité et aux finances publiques.
Une Note signée par l’ensemble du Conseil
C’est la première fois depuis 2014 que tous les membres du CAE signent ensemble une Note proposant une stratégie économique d’ensemble pour la France. Le point de départ : les transformations du monde (fragmentation géopolitique, nouveau choc chinois, crise climatique, essor de l’IA générative) et celles de la France (vieillissement, ralentissement de la productivité, dégradation des finances publiques, recul du niveau scolaire, hausse de la pauvreté et des inégalités de patrimoine hérité) imposent de revoir plusieurs orientations de politique économique suivies depuis trente ans.
La stratégie s’articule autour de deux priorités. La première vise à transformer le modèle productif et social : investir 4 milliards d’euros par an dans l’école en s’appuyant sur la baisse du nombre d’élèves, faire de la diffusion du numérique et de l’IA une politique publique à part entière, lancer un programme « France 2040 » pour l’innovation stratégique, recentrer une partie des allègements de cotisations sur les jeunes, les seniors et les personnes éloignées de l’emploi, créer une allocation sociale unifiée et rendre plus progressive la fiscalité des très grandes transmissions. La seconde vise à renforcer la résilience du pays face aux chocs climatiques, commerciaux et géopolitiques, notamment en redistribuant aux ménages vulnérables une part des recettes du futur marché carbone européen (2028), en faisant de l’adaptation un pilier de la politique climatique et en diversifiant les approvisionnements critiques de l’Union européenne. Au total, la Note formule huit recommandations principales et quarante recommandations détaillées.
Relancer la croissance par la productivité
Co-écrit par Antonin Bergeaud, Xavier Jaravel, Pauline Rossi et Emmanuelle Taugourdeau, le Focus n° 143 rappelle que la croissance du PIB par habitant conditionne la capacité du pays à financer son modèle social, la transition écologique et la défense. Si augmenter le taux d’emploi des jeunes et des seniors est un levier utile, la croissance future dépendra surtout des gains de productivité. Les auteurs montrent que le retard de la France et de l’Europe sur les États-Unis tient avant tout à une diffusion plus lente des technologies numériques, plutôt qu’à un manque de recherche fondamentale ou à une mauvaise spécialisation sectorielle. Ils proposent de concentrer l’effort sur quelques priorités : capital humain, politiques d’innovation les plus efficaces, diffusion de l’IA, investissement dans les entreprises innovantes et stratégie européenne plus ambitieuse.
Maîtriser les finances publiques
Le Focus n° 147, co-écrit par Adrien Auclert, Xavier Jaravel, Thomas Philippon, Xavier Ragot et Emmanuelle Taugourdeau, estime qu’un effort d’au moins 125 milliards d’euros sera nécessaire pour stabiliser la dette publique d’ici 2032, avec un effort concentré sur 2027 et 2028 (plus de 25 milliards par an) afin de réduire le coût total de l’ajustement. Cet effort doit préserver les dépenses d’avenir : transition écologique, défense, éducation et innovation. Pour éclairer la campagne présidentielle de 2027, les auteurs mettent à disposition une base publique chiffrant plus de 150 mesures, accompagnée d’un simulateur en ligne. Ils recommandent enfin de renforcer la gouvernance budgétaire, par une loi de programmation réellement contraignante ou une règle d’or constitutionnelle, et d’élargir les pouvoirs du Haut Conseil des finances publiques.
Pour aller plus loin
- La Note : Une stratégie économique de ruptures pour la France
- Focus n° 143 : Relancer la croissance par la productivité
- Focus n° 147 : Maîtriser les finances publiques
- Simulateur budgétaire